« 18 mai 1860 » [source : BnF, Mss, NAF 16381, f. 115], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10620, page consultée le 09 juin 2026.
Guernesey, 18 mai 1860, lundi matin, 7 h. ½
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour presqu’à l’aveuglette puisqu’il fait terne et sombre ce matin. Heureusement que ton amour fait toujours soleil dans mon cœur et que je ne crains pas de me tromper en y prenant mes tendresses et mes baisers. Mais quel temps ! grands dieux ! Ce serait à donner des rhumatismes aux poissons rouges et la goutte aux merlans. Quant à moi je calfeutre ma podagrerie de mon mieux pour échapper à la contagion de la MUCREUR1 mais j’ai bien de la peine à m’en garantir. De ton côté, mon cher bien-aimé, tu feras bien de prendre toutes les précautions possibles pour te préserver contre cette humidité permanente. Comment as-tu passé la nuit, mon cher petit homme ? T’es-tu couché tard ? Moi je me suis couchée tout de suite et j’ai très bien dormi jusqu’à trois heures. À partir de ce moment-là depuis quelque temps je ne fais plus que sommeiller jusqu’au matin mais cela ne me fait aucun mal et je ne m’en sens pas fatiguée. Mais ce que je désire par dessus tout, ce qui importe à ma santé, à mon bonheur et à ma vie c’est que tu te portes bien, que tu sois heureux et que tu m’aimes. Voilà, mon cher bien-aimé, ce qui convient à l’hygiène de mon cœur, de mon âme et de mon corps. Je t’adore.
1 Mucreur (patois cauchois) : humidité.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo se replonge dans son manuscrit des Misérables. Juliette attend impatiemment qu’il lui donne à copier.
- 12 juinElle part à Jersey, où Hugo la rejoint le surlendemain, pour un meeting de soutien à Garibaldi.
- 19 juinRetour à Guernesey.
- 30 décembreHugo se remet aux Misérables.
